J’ai longtemps pensé que c’était les souvenirs malheureux qui étaient le plus difficile à avaler, à oublier. J’ai peur que ce soit tout le contraire. J’ai peur de toujours garder ces fantômes des jours de bonheur, et qu’ils m’empêchent de pouvoir recommencer une nouveau départ, avec toi. Je ne veux pas garder de traces d’amertume, et c’est précisément pour m’en laver, pour refaire peau neuve que je me terre, en attendant. Mais quand ma mâchoire se serre à la vue des deux personnages qui dansent à l’écran, je me dis que l’équilibre est encore précaire.
Je voudrais pouvoir te revoir sans craindre que toutes ces questions montent à mes lèvres. Des questions qui ressasseraient un passé révolu. Une expiation inutile. Mais le pourrai-je un jour? Cette question me hante. Et tant qu’à risquer de t’irriter comme du sable sous le verre de contact, je préfère ne pas oser.
J’envie la mémoire des poissons. Ils peuvent faire le tour de leur bocal chaque minute et ne même pas se souvenir de l’ennui. Redécouvrir chaque fois les visages déformés qui se fraient un passage jusqu’à leurs yeux plein d’eau. Et continuer sans fin, à côtoyer l’émerveillement.
Même sans bouger, surtout sans bouger, les images me taraudent et ne me laissent pas en paix. On ne m’a pas doté de cette saine faculté qu’est l’oubli. On peut bouger, éviter de penser et se concentrer sur des mouvements gracieux, robustes, mille fois exécutés. Mais la vie n’est pas que kung-fu, et inévitablement il faut revenir au vestiaire et remettre ses vêtements lourds de passé.
Ce serait tellement plus simple si j’étais quelqu’un d’autre que moi.